Le parti pris des objets (Bruxelles, 6-29 novembre 2015)

Une rétrospective organisée dans le cadre du Festival « Filmer à tout prix » à la CINEMATEK de Bruxelles

6-Vormittagsspuk - Richter

L’origine du mot (objectum) signifie « jeté contre »: l’objet existe en dehors de nous, il nous attire, il nous repousse, il se laisse contempler ou bien oublier dans notre vie quotidienne. Il est là, il agit sur nous, il nous façonne. Même si leur matérialité est extérieure et autonome, les objets hantent notre imaginaire, ils vivent avec nous et en nous.

Nombreux sont les films qui étudient la fabrication artistique, artisanale ou industrielle des objets, nombreuses aussi les études détachées des scientifiques, ou au contraire les regards emphatiques des publicitaires. En revanche, la rétrospective Le parti pris des objets, organisée dans le cadre du festival de films documentaires « Filmer à tout prix », choisit de rester au plus près de l’exploration cinématographique des objets : banaux ou surprenants qu’ils soient, le regard curieux du cinéma les rend palpables, en creusant leur existence matérielle ou immatérielle, pour finalement en projeter (en « jeter devant » nous) une image.

Les objets ont toujours nourri l’imagination des cinéastes de fiction, comme on le verra dans la séance d’ouverture de la rétrospective (« L’objet de fiction »). Ils permettent aussi au cinéaste ou à ses amis de concrétiser les affects, d’y inscrire une histoire personnelle (« L’objet affectif »), ou encore d’y découvrir les traces d’une plus grande Histoire (« L’objet d’Histoire »). Emblèmes de la vie quotidienne dans la société de consommation (« L’objet quotidien »), ils se laissent également étudier, commercialiser ou aimer en tant qu’images (« L’objet d’image »). Il arrive parfois qu’ils commencent à voler de leurs propres ailes et qu’ils s’amusent à nous jouer des tours (« L’objet autonome »). Nous les accumulons, et quand un jour nous en faisons l’inventaire, nous nous apercevons que ce sont eux qui nous définissent dans notre fragile identité (« L’objet d’inventaire »). Nous ne savons pas toujours comment nous en débarrasser, ou nous n’y arrivons même plus (« L’objet en trop »).  Poussés par la nécessité, il y en a qui réparent ou réinventent les objets, en leur insufflant une nouvelle vie (« L’objet de récupération »).

Dans la séance de clôture, deux grands cinéastes admirateurs de Francis Ponge (Le Parti pris des choses), nous feront découvrir le dialogue entre les mots et les choses – enrichi par la confrontation à l’image et au son (« L’objet en mots »). Une bonne quarantaine de films en provenance d’onze pays différents nous permettront d’explorer la poétique et la politique des objets que le cinéma, surtout documentaire, a su interpréter. Des cinéastes célèbres ou inconnus nous accompagneront dans cette entreprise, de Pollet à Lehman, de Rivette à Farocki, de Richter à Moullet.

Stefanie Bodien et Dario Marchiori

1. L’objet de fiction

Réalisés par des maîtres tels Rivette, Polański, Armentano, Kiarostami et Łoziński, des films plus ou moins fictionnels, construits autour d’une fourrure, d’une armoire, de meubles, d’un livre, d’une lettre… Des récits enjoués, politiques ou métaphysiques.

Le coup du berger (Jacques Rivette, 1957, 29min) / Deux hommes et une armoire (Roman Polański, 1958, 15min) / La Saisie (Vittorio Armentano, 1962, 10min) / Deux solutions pour un problème (Abbas Kiarostami, 1975, 4min) / Poste restante (Marcel Łoziński, 2008, 14min)

2. L’objet affectif

Quand les sentiments se cristallisent dans les objets… Ceux qui nous lient à notre famille (Horovitz, Smith, Pucill), qui nous rappellent nos amis (Lehman), ou qui créent de nouvelles relations (Villovitch). Il y en a qui nous marquent à vie et que l’on garde pour toujours (Taliercio).

Objets objets (Patrick Taliercio, 2014, 26min) / Dad’s Stick (John Smith, 2012, 5min) / L’instinct de conservation (Pauline Horovitz, 2009, 4min) / You Be Mother (Sarah Pucill, 1990, 6min) / Le cercle de mes relations – J’élargis le cercle de mes relations (Helena Villovitch, 1990-1994, 8min) / Choses qui me rattachent aux êtres (Boris Lehman, 2010, 15min)

3. L’objet d’image

Pour Tykwer, l’exploration d’une image arrêtée pousse à l’analyse de l’environnement urbain. Pour Farocki, la nature morte (des primitifs flamands à la publicité de nos jours) interroge la société moderne. Pour Cavalier, l’objet quotidien devient, devant nos yeux, objet cinématographique.

L’homme chosifié (Tom Tykwer, 2008, 9min) / Nature morte (Harun Farocki, 1997, 56min) / Lettre d’Alain Cavalier (Alain Cavalier, 1982, 13min)

4. L’objet quotidien

Deux couples de films qui se répondent : La vie quotidienne et Routine 2 nous mettent face à la vie quotidienne, au jour le jour, semaine après semaine. Toujours plus et Shoppers Market étudient nos habitudes de consommation. Tantôt sans pitié, tantôt avec humour…

La vie quotidienne (Piotr Szulkin, 1975, 16min) / Routine 2 (Laurent Frapat et Guillaume Lévis, 2007, 10min) / Toujours plus (Luc Moullet, 1994, 24 min) / Shoppers Market (John M. Vicario, 1963, 22min)

5. L’objet en trop

La syllogomanie est un trouble psychique qui entraîne l’accumulation compulsive d’objets, abstraits de leur utilisation intrinsèque. Mais cet encombrement sans bornes a aussi quelque chose de fascinant, quand quatre portraits le rendent vivant…

A Glorious Mess, (Ulrich Grossenbacher, 2011, 117min)

6. L’objet autonome

L’objet bouge parfois tout seul, ne fait pas forcément ce que l’on attend de lui, se révolte même. Il arrive qu’on lui prête une âme, qu’on l’« anime ». Sur un siècle de cinéma, de grands classiques et des films moins connus poussent jusqu’au bout l’inquiétant pouvoir des objets.

Discours de bienvenue (Norman McLaren, 1961, 7min) / L’hôtel électrique (Segundo de Chomón, 1908, 8min) / Vormittagsspuk – Ghosts Before Breakfast (Hans Richter, 1928, 8min) / Lost and Found (Antje van Wichelen, 2013, 9min) / La forêt tropicale (L’atelier Zorobabel, 1996, 3min) / Le cours des choses (Peter Fischli et David Weiss, 1987, 30min)

7. L’objet d’inventaire

Faire l’inventaire nous interroge : le contenu de mon sac, que dit-il sur moi ? Comment, les ustensiles de cuisine, peuvent-ils parler de la condition des femmes ? Quels souvenirs m’évoquent-ils, les objets de ma vie ? Et si on en profitait, comme dans Tops, pour faire le tour du monde ?

Toupies (Charles & Ray Eames, 1969, 7min) / Les lunettes (Pauline Horovitz, 2011, 2min) / Sémiotique de la cuisine (Martha Rosler, 1975, 6min) / Dans le sac (Amy Taubin, 1981, 20min) / Vide ton sac (Rosangela Maya, 2008, 9min) / L’inventaire de Jean Rouch (Julien Donada et Guillaume Casset, 1993, 32min)

8. L’objet d’Histoire

Peu à peu, l’objet dévoile son histoire, joue avec elle, prend une valeur politique. Quand les objets ont disparu, ou quand ils reviennent d’un passé enfoui, ils nous interpellent tout particulièrement. En ouverture de séance, un magnifique poème d’amour pour un objet mystérieux, venu de loin…

La petite cuillère (Carlos Vilardebó, 1961, 10min) / L’objet (Jacques Louis & Danièle Nyst, 1974, 11min)) / Monuments (Riki Kalbe, 1993, 7min) / 5,5 X 1,5 mètres (Barbara Kasper, Gregor Schuster, Lothar Schuster, 1998, 13min) / L’appartement de la rue Vaugirard (Christian Boltanski, 1973, 7min) / Archéologie (Andrzej Brzozowski, 1967, 15min)

9. L’objet de récupération

Dans La zone, en 1928, des chiffonniers recyclent tout ce qu’ils trouvent et le revendent au marché aux puces… le même que l’on retrouvera 27 ans plus tard dans le film de Franju. Et au Sénégal, NDiaye nous montre l’inventivité débrouillarde des laissés-pour-compte.

La zone (Georges Lacombe, 1928, 25min) / Le marché aux puces (Georges Franju, 1965, 6min) / Trésor des poubelles (Samba Félix N’Diaye, 1989, 64min)

10. L’objet en mots

De Francis Ponge, le poète des objets par excellence, Carlos Villardebó a mis en images Le volet et Jean-Daniel Pollet Le parti pris des choses (avec la voix de Michael Lonsdale). Deux chefs-d’œuvre essayistes, brutalement poétique le premier, intense et frémissant le second.

Le volet (Carlos Vilardebó, 1974, 8min) / Dieu sait quoi (Jean-Daniel Pollet, 1994, 90min)

 

Pour consulter le programme détaillé des séances : ici