Le regard documentaire dans le cinéma expérimental

Projection 16mm
Le mardi 17 novembre 2015, de 12h à 14h, à l’Université Lyon 2
Amphi Culturel, Campus Porte des Alpes, Bron (Arrêt T2 : Parilly-Université)
Wolkenschatten-Still-10
Wolkenschatten (2014)

Cette séance de projection de films expérimentaux en 16mm se propose d’explorer l’inventivité formelle et le potentiel subversif d’une approche croisée et synergique au cinéma expérimental et au cinéma documentaire. Avec des films réalisés entre 1931 et 2014 par Jean Painlevé, Stan Brakhage, Paul Clipson et bien d’autres, la projection précède et annonce le Colloque International L’expérimentation documentaire qui se tiendra du jeudi 19 au samedi 21 novembre à la MILC (35, rue Raulin, 69007 Lyon). Porté par les laboratoires Passages XX-XXI et LCE, le colloque sera accompagné d’une série de projections organisées dans le cadre du Festival « À nous de voir » (Métro B: Gare d’Oullins).

Un événement organisé grâce au Service Culturel de l’Université Lyon 2. Entrée libre. Introduction par Dario Marchiori (Maître de conférences en Histoire des formes filmiques, département ASIE, Université Lyon 2).

Bobine 1 :

L’Histoire du soldat inconnu (Henri Storck, Belgique 1931, 10 minutes)

Maître du cinéma belge, Henri Storck réalise un pamphlet pacifiste en détournant des actualités de la fin des années 1920. « Maintenant était venu le temps des marchands du canon, grâce à la politique des grands pays. Mais le pauvre soldat inconnu, assassiné comme une bête, on ne cessait de lui rendre des honneurs, on l’enterrait en grande pompe… » (H. Storck 1959). Interdit par la censure française en 1932.

Le Vampire (Jean Painlevé, France 1939-1945, 9 minutes)

À la fois scientifique, surréaliste et antifasciste, Le Vampire explore avec une grande liberté linguistique (verbale aussi bien que cinématographique) les caractéristiques d’un petit animal au nom évocateur, en laissant transparaitre en filigrane l’histoire de la deuxième guerre mondiale. La rencontre unique et géniale entre Murnau et une chauve-souris.

K (Exil) (Frédérique Devaux, France 2008, 9 minutes)

La solitude des femmes et des enfants qui subissent l’exil, privés des hommes. Le déchirement de la séparation envahit la forme du film, qui transcrit dans son matériau la violence de l’Histoire pour mieux la documenter, la révéler, la rendre sensible: split-screen, négatif, éclats de pellicule tentent d’exprimer une réalité inséparable de son expérience.

Wolkenschatten (Anja Dornieden et Juan David González Monroy, Allemagne 2014, 17 minutes)

Un événement inquiétant, inexplicable, mystérieux: un fait divers ayant eu lieu en Allemagne il y a 30 ans? ou bien s’agirait-il de science-fiction? Par un travail remarquable sur la relation entre images et sons, les deux réalisateurs allemands nous interrogent à chaque instant: « Qu’est-ce que le cinéma? ». Première projection publique du film en France.

Bobine 2 :

Fire of Waters (Stan Brakhage, États-Unis 1965, 7 minutes)

La réalité comme expérience de l’esprit, par un maître du cinéma expérimental se proclamant parfois « documentariste ». Dans l’obscurité de la nuit, l’image devient apparition, et les sons empruntés au réel sont ralentis ou accélérés, pour mieux explorer « la vérité de la matière ». Un film réalisé à partir d’un poème écrit et envoyé à Stan Brakhage par Robert Kelly: « L’homme vit dans un feu d’eau et vivra éternellement avec ce premier goût ».

February (Nathaniel Dorsky, États-Unis 2014, 17 minutes, silencieux)

San Francisco, mois de février. Le début de printemps avant même le printemps. Tel un journal réunissant des feuillets poétiques épars, chaque plan laisse surgir un éclat du monde, d’une beauté tellement éblouissante qu’elle en devient inquiétante. Un film qui traduit « un certain désir pour une nouvelle liberté » (N. Dorsky). Première projection publique du film en France.

Light Year (Paul Clipson, États-Unis 2013-14, 10 minutes)

Parmi les maîtres de la nouvelle génération du cinéma expérimental, travaillant le plus souvent en Super-8 et avec des musiciens majeurs de la scène contemporaine (ici Tashi Wada), Paul Clipson explore le réseau des voies d’eau et des architectures urbaines de San Francisco, dans un film commandé par le musée de la science et de la technologie (l’Exploratorium). Deuxième projection publique du film en France.

Chartres Series (Stan Brakhage, États-Unis 1994, 9 minutes, silencieux)

Poussé par Nathaniel Dorsky, Brakhage se rend à la cathédrale de Chartres et y vit une expérience esthétique bouleversante. Quelques mois plus tard, imprégné corps et âme d’une réflexion sur la mort provoquée par le décès de sa belle-soeur, il s’attèlera à documenter la mémoire de l’expérience de Chartres, en peignant directement sur la pellicule cinématographique. Un hymne moderniste à l’art moyenâgeux du vitrail.

Light Year (Paul Clipson, 2013-2014)
Light Year (Paul Clipson, 2013-2014)

Version PDF du programme détaillé: Le regard documentaire dans le cinéma expérimental

Remerciements: Service Culturel de l’Université Lyon 2, Christophe Langlade, Francis Forge (Les Inattendus)