Projection de La Chasse au lion à l’arc (Jean Rouch, 1958-1965) : un chef-d’oeuvre retrouvé

La chasse au lion à l'arc, extrait

Jean Rouch n’est pas seulement un chercheur et un cinéaste fondamental pour l’ethnographie africaine, ou encore un cinéaste moderne ayant su explorer les nouvelles formes du documentaire et les mélanges entre fiction et documentaire, avec son « cinéma-vérité » ou avec ses « ethno-fictions » enjouées. Rouch, le « griot blanc », provoque la rencontre entre le cinéma moderne et les traditions africaines en inversant et en dialectisant les relations et les hiérarchies entre les cultures. L’Afrique est alors restituée à la complexité de ses relations entre modernité et tradition, l’Europe ou la France deviennent des lieux à connaître, plus qu’à re-connaître. Dans la lignée de Robert Flaherty, mais d’une manière bien plus poussée, le cinéma peut alors devenir un instrument de partage, qui établit des liens, qui tisse un dialogue, qui permet un échange. En cela, les films de Rouch sont rares sinon uniques, qui allient le respect et l’invention formelle, le primitivisme et le modernisme, le goût de la précision documentaire et l’envolée lyrique de l’imagination.

La Chasse au lion à l’arc est un projet auquel Rouch tenait tout particulièrement et qu’il construit au fil du temps, durant une petite dizaine d’années, avec persévérance et détermination, grâce à l’amour et à la fascination qui l’animent et qui font de lui un foyer créatif de la rencontre entre cultures. À la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, dans la région de Yatakala, Rouch filme toutes les phases de l’histoire d’une mise à mort rituelle d’un lion, qu’il raconte avec une ravissante capacité d’affabulation. « Les chasseurs Songhay, une caste héréditaire, ont seuls le droit de tuer le lion. Les bergers ne peuvent que lui lancer des pierres pour le faire fuir. Les Peul estiment que le lion est nécessaire au troupeau, et ils savent identifier chaque lion à ses traces. Mais, quand un lion tue trop de bœufs, il faut le supprimer, parce que c’est un lion tueur » (J. Rouch). Lion d’or au Festival de Venise en 1965.

Projection de la version restaurée du film dans le Grand Amphi de l’Université Lumière Lyon 2 (18, quai Claude Bernard, 69007 Lyon), le mercredi 2 novembre 2016 à 18h. Entrée libre.

Une séance organisée avec l’association étudiante des Arts du spectacle, parcours Images : les Kinoks, en lien avec le Colloque « Puissances esthétiques des lisières culturelles » (Lyon 2, du 3 au 5 novembre 2016).